Dans la cave d’Heidelberg, outre les trois tonneaux, on voit une petite statue en bois, une espèce de mannequin, en culottes courtes, en habit de soie, portant perruque, et la canne à la main.

Quel est ce magot?

A la cour de Charles-Théodore existait un homme, un petit homme, Clément Perkéo, son bouffon, qui, tout autant qu’Engler, le tonnelier-ingénieur, surveillait les tonneaux avec amour.

S’il restait au château, on le voyait se promener plus souvent dans les caves que dans les jardins; s’il en sortait, il ne dirigeait sa marche que vers les coteaux tapissés de vignes. Rentrait-il soucieux:

«La récolte menace, disait-on. Quelles nouvelles, Perkéo?

—Médiocres, répondait-il, moyen tonneau.»

Se montrait-il tout à fait abattu, on pressentait le tonneau à la Vierge.

Pour le guérir de ses humeurs noires, Charles-Théodore, sur sa parole de palatin, s’engagea à le laisser lui-même régler sa pitance de vin, quelque fût le résultat de la vendange, y mettant toutefois cette restriction que s’il lui arrivait de s’enivrer, il serait fustigé d’importance.

Jamais Perkéo n’encourut cette honte. Cependant, il absorbait régulièrement par jour quinze à dix-huit bouteilles de Markgrafter; il n’était point gris, il était gai, ce qui ne pouvait que convenir parfaitement à son état de bouffon.

Son maître l’interrogeant pour savoir quel avait été, selon lui, le plus grand homme de l’Allemagne, il nomma sans hésiter l’empereur Venceslas, qui, dépossédé du trône, n’avait rien réclamé que son droit de dîme sur le vin du Rheingau.