—Ne faites pas attention, répondit notre compagnon; ce sont mes amorces de pêche, et il nous montra un seau à moitié rempli de petits vers grouillant dans du sang coagulé.
—Est-ce que vous allez nous condamner à voyager longtemps avec ces immondices? lui dit Antoine.
—Est-ce que vous allez me priver de mon droit de pêche? Chacun chez soi, chacun pour soi! Je payerai mon quart comme vous. J’appartiens à une nation libre, moi, lui répliqua l’Anglo-Américain.
—Respectez la liberté des autres, alors!
—Est-ce que je vous empêche de faire ce que bon vous semble? Chantez, dansez, jetez-vous à l’eau une pierre au cou, est-ce que je m’y opposerai, moi?
—Mais si je mettais le feu à ce bateau comme vous y mettez la peste!
—A votre aise; le bateau n’est pas à moi, et je sais nager.»
L’orage commençait à gronder entre nous.
Le batelier seul, quoique l’existence de son bateau fût en jeu, ne semblait prendre aucun intérêt à ce débat et continuait de ramer paisiblement.
«Le trouves-tu aussi aimable que tu l’espérais? dit Junius à l’oreille d’Antoine.