«Charles, dit Junius au keller, qu’il avait connu autrefois à Paris, garçon au café Cardinal, vous nous avez renseignés ce matin sur les goûts de ce Van Reben touchant la chasse et la pêche; nous savons maintenant ce qu’il vaut du côté du chant et de la natation; mais ne sauriez-vous rien de son caractère intime, de ses habitudes de gentleman, ainsi qu’il se plaît à se désigner lui-même?»

Le keller interpellé mit un doigt sur sa bouche, puis, après avoir jeté un coup d’œil du côté de la porte, se rapprochant de Junius: «Entre nous, monsieur de Minorel, lui dit-il à demi-voix, je crois que le caractère de l’Américain n’est pas des meilleurs. On parle d’une jeune fille méchamment compromise par lui....

—Je lui passe ses galanteries, dit Antoine; mais il est colère, querelleur, n’est-il pas vrai?

—Affreusement querelleur, répliqua le keller. On parle aussi de trois duels dans une même journée avec un même adversaire!

—Diable! Se sont-ils battus à la mode d’Heidelberg?

—Non pas! L’affaire s’est passée à Strasbourg, il y a comme qui dirait une huitaine; ils se sont d’abord battus à l’épée; l’autre, qui est un malin, l’a désarmé; ils ont continué au pistolet, à vingt-cinq pas, en s’avançant à volonté. L’Américain a tiré le premier et a manqué son coup; l’autre, qui avait ménagé son feu, est arrivé jusqu’à lui, en le sommant de faire je ne sais quelle déclaration, sans quoi il allait l’abattre comme un chien. L’Américain a refusé.

—Ah çà! il est donc brave, ce brigand-là? s’écria Antoine. Ensuite?

—Ensuite, reprit le keller, l’autre, qui est non moins brave, et plus bon enfant que lui, n’a pas voulu le tuer à bout portant, et comme il tenait toujours à avoir sa déclaration, il lui a proposé une troisième manière de duel.

—Au sabre, alors?

—Au fusil?