A Seckenheim, la place illustrée par la victoire du Palatin porte encore le nom de Friedrichs-Feld (le champ de Frédéric). C’est aujourd’hui un champ de luzerne et de betteraves, d’apparence assez maigre. Une grande bataille ne suffit pas à féconder indéfiniment la terre.
Les chemins de fer de Mannheim et d’Heidelberg s’embranchent à Seckenheim; un train se préparait à partir pour cette dernière ville; nous y montâmes; vingt minutes après nous étions de retour à l’hôtel du Prince Charles.
VIII
Conciliabule. — Autres renseignements sur le Yankee. — Trois duels. — Départ précipité. — Schwetzingen. — Incidents inattendus. — J’encours de nouveau les mépris de Jean.
«Prépare le paquet de ton maître et le tien, dit Antoine à Jean, qui, comme toujours, se tenait à la porte de l’hôtel, observant les mœurs de l’étranger.
—Mais le train du soir ne part qu’à huit heures, lui fis-je observer, et il en est quatre à peine.
—Qu’importe! il est bon de se mettre en mesure à l’avance.
—Non, non! repris-je avec fermeté; je partirai à huit heures, pas une minute avant. Je devine ta pensée, mon bon Antoine, mais je ne veux pas avoir l’air de fuir devant cet homme!»
Junius appela le keller qui nous avait déjà renseignés sur l’Américain; tous quatre nous montâmes à notre numéro 7, tandis que mon fidèle Jean, demeuré immobile, semblait enfanter des suppositions plus terribles les unes que les autres.