«Monsieur, vous m’avez traité de manant, de sauvage et d’échantillon.... de plus, vous venez d’insulter à la libre Amérique, dont je suis un des citoyens, et....
—Voyons! que voulez-vous encore? s’écria Antoine en l’interrompant avec sa rudesse des grands jours. D’abord, en parlant de votre libre Amérique, monsieur n’a été que l’écho de mes propres paroles, et ce n’est pas lui qui vous a traité de manant, c’est moi!»
Sans tenir compte des paroles d’Antoine, le Yankee, les yeux toujours fixés de mon côté, répéta:
«Vous venez d’insulter à la libre Amérique! Si j’avais mon revolver, votre compte serait déjà réglé! Nous nous reverrons, monsieur!»
Et il s’éloigna.
En vérité, le séjour d’Heidelberg me portait malheur; la veille, un garnement d’écolier s’acharnait après moi sans rime ni raison; aujourd’hui, c’était le tour d’un autre malappris, moins excusable encore.
Tous trois silencieux, comme nous nous dirigions vers Seckenheim, qui n’était plus qu’à quelques centaines de pas de nous, Junius, s’épointant la moustache, dit à Antoine:
«Décidément, il n’est pas aimable.
—Non.»
Moi, je songeais au duel quasi inoffensif des étudiants d’Heidelberg; je crois que je me serais résigné à en passer par là.