Mais de compte fait, c’était le troisième trinkgeld que me coûtait le Rœmer, et je n’y avais rien vu autre chose que des tableaux d’Albert Durer, qui ne sont pas de lui.
J’entendis alors un frôlement d’étoffes venir à moi du haut de l’escalier. C’était la dame cicérone, encore en peignoir, en coiffe de nuit. J’étais vraiment confus d’avoir, en me levant de si bon matin, jeté ainsi le désordre dans ce vieux palais des rois francs. Enfin, la porte du Kaisersaal s’ouvrit.
Chose étrange qui, ainsi que bien d’autres, tendrait à faire du hasard l’agent de la fatalité, l’architecte constructeur du Kaisersaal, pour la régularité de son œuvre, avait tracé, à partir de la voûte, trente-deux nervures symétriques, aboutissant par le bas à trente-deux encadrements, dont chacun devait renfermer le portrait en pied d’un empereur d’Allemagne, et quand, après des siècles, ces trente-deux cases ont été remplies, il n’y eut plus d’empire allemand. François II, beau-père de Napoléon, est mort simplement empereur d’Autriche, par le fait même de son illustre gendre.
De Conrad à François II, j’examinai rapidement les trente-deux personnages, désirant au plus tôt laisser à la dame la liberté d’achever sa toilette. Il ne me fallut pas moins reconnaître....
En me quittant, elle me recommanda de visiter les archives. Aux archives, je payai d’abord mon droit d’entrée, six kreutzers; j’eus alors l’autorisation d’examiner, à travers un vitrage, la célèbre Bulle d’or, «loi fondamentale de l’empire allemand.» On eut même la galanterie de m’offrir un petit papier, représentant, gravé, le sceau de ladite bulle. Au-dessous était une note explicative, en français pour les Français, en allemand pour les Allemands, et au bas de la note, ce mot expressif adressé aux Allemands comme aux Français: 12 kreutzers.
Un employé des archives me fit signe de le suivre. Je le suivis, pensant qu’il allait m’indiquer une porte de sortie; il me mena à la salle des Élections.
C’est là que se décidait jadis le sort des candidats à l’empire; c’est là que se tiennent aujourd’hui les séances de la Diète, et celles du sénat de Francfort. Pour le moment, on y faisait des réparations importantes; au lieu de sénateurs, je n’y vis que des maçons. Il ne m’en fallut pas moins reconnaître....
J’en avais assez, j’en avais trop de ces contributions successives. Craignant qu’il ne me restât quelque chose à visiter, je faussai brusquement compagnie à mon guide, m’orientant au plus vite vers l’escalier Louis XIII et la grande porte, alors ouverte à deux battants.
Cinq minutes après, je me présentais de nouveau à la poste restante. Une lettre de Brascassin m’y attendait.