Sur les dix cellules, trois avaient leur locataire, et les portes en étaient closes et strictement interdites au public. L’idée de les crocheter et de violer la consigne ne me vint pas un moment à l’esprit. Je visitai les autres, fort bien tenues et non chauffées; leur simple mobilier était exactement tel que Joanne l’a décrit. Je vis aussi le veilleur. Je m’attendais, d’après le programme, à le trouver assis sur un coussin rembourré de clous, la pointe en dehors, afin qu’il ne pût s’abandonner au sommeil. Étendu dans un bon fauteuil de cuir, il fumait sa pipe en confectionnant des couronnes funéraires de l’air le plus jovial du monde.
Pendant cinq minutes, et avec une vive émotion, j’examinai la fameuse sonnette; elle ne bougea pas.
La jeune fille rose me conduisit enfin dans une pièce toute meublée de fioles pharmaceutiques, de flacons remplis de vinaigres anglais et des essences les plus revivifiantes. Elle m’ouvrit des armoires pleines de couvertures de laine, de flanelles, de brosses à frictions; le tout au service des morts qui en rappellent, et dans un si parfait état d’entretien, qu’on eût pu les croire entièrement neufs. Au moment de prendre congé, après l’avoir remerciée selon le tarif:
«Mademoiselle, lui demandai-je, bon an mal an, combien de vos pensionnaires reviennent-ils à la vie?
—Jusqu’à présent, pas un, me répondit-elle.
—Comment, pas un! Mais je comprends; vous êtes bien jeune encore, et depuis peu dans l’emploi, sans doute?
—Monsieur, reprit-elle, depuis trente-quatre ans que cette chambre mortuaire a été établie à Francfort, mon grand-oncle et mon père y ont tour à tour exercé l’état de veilleur, et depuis trente-quatre ans la clochette ne s’y est fait entendre qu’une seule fois.
—Ah!... une fois du moins!
—Oui, monsieur; et la cause de cette sonnerie unique était une chauve-souris qui avait trouvé moyen de s’introduire par les corridors.»
Fiez-vous donc aux journaux!