«Théâtre! théâtre! tableaux vivants!... d’ailleurs exécution faible.»
Je cessai d’admirer, et ne sachant plus que faire de mon enthousiasme pour l’Ariane, je le reportai sur une Vénus de Milo, qui se trouvait là avec ses deux bras tronqués. Voulant faire preuve de mes connaissances anecdotiques en fait d’art:
«On prétend que Danecker a joué près de son Ariane le rôle de Pygmalion, dis-je; mais on avait dit de même de l’auteur de cette adorable Vénus....
—Oh! pour celle-là, je doute fort de l’amour qu’elle a pu inspirer, me répliqua Mme de X.... D’abord, la soi-disant Vénus de Milo n’est autre qu’une Diane, et les Dianes, ajouta-t-elle en souriant, savent se faire respecter.»
J’étais resté ébahi devant ce paradoxe sculptural.
«Quoi! la Vénus de Milo n’est pas une Vénus?
—Non!»
Ma belle artiste se rapprocha d’un plâtre représentant le personnage en litige; elle me fit examiner ses membres inférieurs; l’accentuation des muscles grand couturier, fascia lata, droit interne, etc., attestant des habitudes de marche et de course; le pied magnifiquement modelé, mais n’accusant en rien les délicatesses métatarsiennes d’un pied de Vénus. Dans le moignon même des bras qui manquent, certains renflements du biceps, du deltoïde, du caraco-brachial, et d’autres muscles dont il m’a été impossible de retenir les noms barbares, indiquaient que de ces bras l’un tenait encore l’arc, et que l’autre venait de lancer la flèche. Le fléchissement interne du genou droit, qui s’arc-boute en point d’appui; l’attitude de la tête, grave et attentive, suivant de l’œil le vol du trait ou l’élan du gibier; la vigueur du cou et de ses attaches, l’opulence du buste et de la partie lombaire, qui eût fait éclater l’étroite ceinture de Vénus, tout, selon elle, concourait à prouver que cette merveille de l’art antique ne s’était jusqu’alors produite dans le monde que sous un pseudonyme, et que les vrais connaisseurs ne devaient y voir qu’une Diane chasseresse.
Pendant cette savante démonstration: «Heureux Brascassin, me disais-je, non-seulement il va donner son nom à une femme charmante, mais à une grande artiste, laquelle sait l’anatomie du corps humain sur le bout de son doigt. Il est prédestiné du ciel, celui-là qui peut unir son sort à celui d’une femme à la fois aimable et instructive! Voilà la compagne qui m’aurait convenu! Pourquoi faut-il que Brascassin...?»
Au milieu de ces aspirations matrimoniales, Mme de X.... m’interrompit par cette simple question: