«Quelle heure est-il, monsieur Canaple? Regardez à votre montre, je vous prie.»

Au lieu de l’heure, je lui dis l’histoire de mon chronomètre; elle rit, et nous regagnâmes la place de la Parade.

Le moment de la séparation était venu. Après avoir secoué le vieux sac de mes idées galantes sans en pouvoir rien tirer de bon, je saluai Mme de X.... en lui balbutiant quelques paroles de regret de me séparer d’elle si vite; elle me tendit la main, et le cœur un peu remué, répétant en moi-même: «Heureux Brascassin!» je me dirigeai vers le chemin de fer de Francfort à Heidelberg, tandis qu’elle se disposait à rejoindre celui de Francfort à Mayence.


CINQUIÈME PARTIE.


I

Nouveau crochet dans mon itinéraire. — Mayence. — Gutenberg, Guillaume Tell et leurs collaborateurs. — Le camp des filles et le camp des garçons. — Découverte archéologique. — Une bouteille de petit vin. — Bateau à vapeur.

Depuis huit jours j’ai quitté Francfort, depuis huit jours j’ai retrouvé ma vie habituelle; je vis à la campagne, à huis clos il est vrai, mais j’ai des fleurs sous les yeux, leurs parfums montent jusqu’à moi; des coteaux chargés de vignes m’entourent, un beau fleuve se promène à distance sous mon regard; cependant ce beau fleuve, ce n’est pas la Seine; ces vignobles ne produisent pas l’excellent petit vin dont Louis XII et Henri IV estimaient tant la piquante saveur; ces fleurs, ces parfums, ne sont pas un produit de mon jardin; je ne suis pas à Marly, je ne suis pas même en France! Qui le croirait, depuis toute une semaine je vis dans les États et sous la protection de Sa Majesté le roi de Prusse, banlieue de Coblentz, bords du Rhin!

De ce crochet inattendu qui, de nouveau, vient de fausser mon itinéraire, je ne suis pas responsable cette fois. Une maladresse de Jean en est cause; cette maladresse, il a failli la payer de sa vie. Mon pauvre vieux Jean! quelle peur il m’a faite! Dieu soit loué, le danger est passé; le médecin est content. Depuis deux jours, ses hallucinations ont cessé; moi-même, je lui ai fait prendre son premier potage, et il m’a reconnu; il a baisé ma main en m’appelant son jeune maître. Voilà une semaine entière que je remplis auprès de lui mes humbles fonctions de garde-malade; aujourd’hui encore, c’est au pied de son lit que, voyageur stationnaire, je reprends le cours de ma relation, à partir de Francfort.