Nous nous dirigeâmes tous deux vers la maison Jabach, où Marie de Médicis avait fini ses jours. J’y entrai seul, Antoine s’étant arrêté en route devant une boutique de bric-à-brac, décorée sur sa devanture d’une sébile pleine de vieux sous.

Dans la maison Jabach, j’essayai d’abord de recueillir quelques renseignements du concierge; il était absent; je m’adressai au rez-de-chaussée, occupé par un marchand de tabatières; j’y vis des tabatières en bois, en carton, en métal, en cuir, en corne, et même en fécule de pomme de terre; mais je n’y vis pas le marchand. Cependant je tenais à trouver mon galetas. Vainement je frappai à toutes les portes, je n’en pus faire sortir que des cuisinières blondes qui m’écoutaient d’un air effaré, ouvraient la bouche et restaient muettes.

Découragé, je regagnai la rue. La première personne que j’y vis, ce fut Antoine; il m’appelait à lui et paraissait en extase devant la façade de la maison Jabach. «J’avais donc raison, mille fois raison, me dit-il; tiens, lis, voici mes preuves; elles me suffisent.» Et il m’indiqua du doigt l’un des pilastres latéraux de la porte cochère.

J’y lus ces mots, inscrits en français: «En cette maison, le 29 juin 1597, est né Pierre-Paul Rubens, le septième enfant de son père. Il est mort à Anvers le 30 mai 1640.»

Cette première preuve me semblait peu convaincante; je passai à l’autre inscription:

«Dans cette même maison, en 1642, est morte Marie de Médicis, en cette même chambre où était né Pierre-Paul Rubens.»

«Pèse bien cette phrase, me dit Antoine en m’interrompant dans ma lecture. Marie de Médicis est morte dans cette même chambre où Rubens est né; Rubens, nécessairement, n’a pu naître que dans la chambre où sa mère est accouchée de lui, n’est-ce pas? C’est là un fait assez probable. Or, M. Rubens le père, ancien magistrat fort riche, était propriétaire de cette maison; il l’habitait seul avec sa famille; sa femme donc devait en occuper le principal appartement. Est-il présumable qu’elle ait grimpé dans un galetas pour mettre au monde son dernier enfant?

—Très-bien! dis-je; mais galetas ne signifie pas absolument grenier, et l’appartement de la mère de Rubens, confortable en 1597, je l’admets, a fort bien pu, par la suite du temps, se transformer en un séjour à peine habitable.

—Cela serait possible, reprit Antoine, mais cette maison où il était né, Rubens, plus riche encore que n’avait été son père, la posséda après celui-ci jusqu’à la fin de ses jours, comme vient de me l’apprendre mon marchand de bric-à-brac. Maintenant, rappelle-toi, si tu l’as jamais su, sache-le, si tu l’ignores, Rubens avait été le protégé, l’obligé de Marie de Médicis; il lui avait dû son chef-d’œuvre; est-il probable que dans sa position de fortune, naturellement généreux et reconnaissant, comme tout grand artiste, il ait été installer sa locataire, sa bienfaitrice, une reine! dans un taudis? Non! Raye donc de ta mémoire le galetas de Marie de Médicis; la veuve de Henri IV n’est pas morte dans la misère; M. Anquetil et M. le président Hénault, qui te l’ont dit, t’en ont grossièrement imposé. Si tu en doutes encore, jette les yeux au bas de cette inscription, tracée sur place par des contemporains.»

Au bas de la seconde inscription, je lus: «Elle a fait beaucoup de bien aux pauvres.» Je me déclarai convaincu; Antoine a toujours raison.