—Prodigieux!» répétait l’homœopathe.

Moi, je ne soufflais mot, mais je m’amusais infiniment.

Enfin, j’osai prendre la parole, et m’adressant au prétendu disciple des brahmes: «Pourriez-vous nous éclairer, lui dis-je, sur la cause véritable de la dernière révolte des cipayes, aux Indes?

—Oh! oui, dit le géographe d’un air suppliant.

—Oh! oui,» répéta l’homœopathe.

Le paletot gris se tourna vers moi avec un geste d’acquiescement, et après m’avoir fait comprendre par un sourire en dessous qu’il ne me confondait pas avec ceux-là à qui il est si facile d’en faire accroire, il reprit: «La cause véritable de la révolte est que, parmi les cipayes, chaque soldat voulait avoir deux domestiques à son service.

—Pas possible!» s’écria le Hollandais.

Le géographe sembla réfléchir.

«Rien n’est plus vraisemblable quand on connaît le pays, dis-je en me décidant à jouer tout à fait mon rôle de compère. Moi aussi, messieurs, j’ai été aux Indes. J’y ai été pour étudier la flore tropicale, car je suis botaniste (et je regardai fixement l’habit bleu barbeau). Dans l’Inde anglaise, il n’est pas besoin d’être grand seigneur pour avoir cent domestiques sous ses ordres; moi je n’en avais que soixante (et je regardai non moins fixement le nez rouge); c’était peu, puisque ma pipe seule en occupait quatre.

— Oh! fit le Hollandais; je doute. Je comprends mieux le cipaye. Que faisaient-ils les quatre hommes de votre pipe?