«Voyons, prête-moi un parapluie,» me dit-il brusquement.
Je regardai du côté de la fenêtre; il neigeait.
Le moment ne me sembla pas favorable pour remettre l’épître à son destinataire; j’essayais de la faire disparaître; apercevant son nom sur l’adresse:
«Tiens! tu m’écrivais? Je t’épargne les frais du timbre.»
Il prit la lettre, la décacheta, la parcourut en haussant les épaules et en détournant la tête de temps en temps pour regarder tomber la neige qui tourbillonnait sous le vent. Après quoi il alla s’accroupir devant la cheminée, où quelques charbons brûlaient encore. Et j’entendis une voix grave monter jusqu’à moi:
«Prends-y garde, Augustin; les enfants trop tôt raisonnables cessent de grandir, dit-on; par une loi analogue, il se peut que les hommes restés trop tard poëtes ne deviennent jamais raisonnables.
—J’ai renoncé à la poésie, lui dis-je, et ce ne sont pas là des vers.
—C’est pis que des vers! C’est de la prose soufflée, cannelée, gaufrée. Tu retombes dans tes anciennes lubies, dans le faux, dans l’idylle! N’est-ce pas une honte, à ton âge?
—Quoi! mon âge! Je ne me sens pas déjà si vieux. Si mes cheveux grisonnent, c’est que la pensée....
—Si tes cheveux grisonnent, c’est que tu as quarante-huit ans, jeune fou!