Cependant, elle paraissait émue:

«Oh! signez, je vous en prie,» reprit-elle d’un ton presque suppliant, qui m’étonna.

Ne voyant pas ce que je pouvais gagner à déguiser mon nom, je signai: «Augustin Canaple, propriétaire — venant de Paris — se rendant à Marly-le-Roi.»

Je n’avais pas achevé, qu’abaissant sa jolie tête sur le registre, car elle est un peu myope:

«M. Canaple!... c’est donc bien lui!... Je ne m’étais pas trompée! s’écria-t-elle avec un éclat de joie.

—Vous me connaissez? lui demandai-je tout ahuri.

—Si je vous connais?... Et les deux poules!»

Juste l’exclamation du père Ferrière lors de notre dernière rencontre.

C’est que mon hôtesse n’était autre que Thérèse Ferrière, la fille de mon brave bohémien, cette gentille Thérèse à qui je portais des gâteaux lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant; cette belle fillette que, douze ans auparavant, j’avais vue débiter ses fleurs devant la maisonnette du Trou-Vassou. Je ne pouvais revenir de ma surprise; c’était Thérèse! Voilà pourquoi il m’avait semblé la reconnaître; mais douze ans, à cet âge, amènent tant de changements, et de si heureux!

La connaissance renouée, je me souvins alors des dernières questions adressées par moi au père Ferrière à son sujet, et des réponses pleines de réticences de celui-ci. Me posant le plus adroitement, le plus courtoisement possible en juge d’instruction, donnant à ma curiosité une honnête apparence d’intérêt: