—Très-bien; j’adore les ruines.
—Prenons-nous une voiture?» ajouta mon jeune diplomate.
A ce mot, ma figure se contracta comme par l’effet d’une crise nerveuse. Je songeais à mes trente-huit sous.
«Ne peut-on s’y rendre à pied? demandai-je.
—Rien de plus facile.... Trois quarts d’heure de marche, au plus.»
Je respirai. Nous nous mîmes en route.
Nous avions devant nous des coteaux escarpés noircis de sapins; de petites tourelles gothiques se découpaient dans le bleu du ciel; mais le sentier de la montagne que nous suivions était sablé, sarclé, ratissé, purgé de toutes mauvaises herbes; de cent pas en cent pas, un banc à dossier nous conviait aux douceurs du repos. Devant ce comfortable, ridicule ailleurs que dans un parc bourgeois, ma mauvaise humeur commençait à me reprendre. C’est au milieu des hautes fougères, c’est sur une saillie de roc que j’aurais voulu m’asseoir!
Mon compagnon, parfaitement au courant des localités, nous fit gagner un petit chemin, à peine indiqué, à travers bois. Pendant quelques minutes, je pus jouir du plaisir de marcher sur un sol parfois raboteux, mais du moins paré de ses gazons, de ses fleurs sylvestres, de ses grâces naturelles. Nous abordons, en grimpant, un plateau du haut duquel toute la vallée va se dérouler à nos regards: «Nous voici arrivés au Repos de Sophie,» me dit Junius; et je trouve sur le plateau une galerie couverte, avec bancs et siéges rustiques, et une voix tudesque se fait entendre:
«Ces meinchir feulent y fin ou pière?»
O flâneur poëte! où s’envolent tes rêves à la vue de ce garçon de café apparaissant soudainement au milieu de ce site merveilleux? Misérable! ce n’est ni du vin ni de la bière qu’il nous faut, c’est l’isolement, c’est la liberté dans la contemplation. Quant à moi dont l’imagination commençait déjà à s’émouvoir, je retombai à plat dans le prosaïsme, et toutes mes rêveries aboutirent à cette méditation réaliste: