VI
LA BALLADE DU CHEVAL.

Quelques mots de préface. — Schiller et Ary Scheffer. — Éberhard le Larmoyeur.

Je pourrais faire précéder ma ballade d’une volumineuse introduction explicative. Je m’en abstiendrai. Quelques mots sont indispensables cependant. Un grand poëte, un grand peintre me les fourniront.

Éberhard II, comte de Wurtemberg, qu’on appela d’abord le Batailleur, avait deux enfants, un fils et une fille; Ulric et Lida. Dans une rencontre avec les troupes du Margraviat et du Palatinat, ce fils, quoique impétueux et vaillant, cédant au nombre, dut battre en retraite. Son père lui reprocha rudement (car la rudesse et l’inflexibilité formaient le fond de son caractère) de ne pas être resté, vivant ou mort, sur le champ de bataille; et, comme stigmate de honte, devant la place qu’Ulric occupait à sa table, il coupa la nappe, lui signifiant ainsi qu’il n’avait pas gagné son pain.

Le comte Éberhard de Wurtemberg fournissait en ce moment à Schiller de beaux vers, et à notre grand peintre, Ary Scheffer, le sujet de son tableau le Coupeur de nappe; un chef-d’œuvre!

Ulric se racheta de l’humiliation; il se fit tuer dans un jour de victoire; jour de deuil pour Éberhard, qui, solitaire, farouche, inconsolable, enfermé dans sa tente, ne sut plus que pleurer sur le cadavre de son fils.

Second sujet de tableau pour Ary Scheffer; Éberhard le Larmoyeur; un chef-d’œuvre encore!

Au comte de Wurtemberg, désormais surnommé non plus le Batailleur, mais le Larmoyeur, restait une fille, Lida, que son frère Ulric s’était engagé à faire épouser au meilleur, au plus éprouvé de ses amis, le comte Wolf d’Ébernstein. Ulric n’était plus là pour aider à l’exécution de son engagement. Malgré les supplications de Wolf, qui aimait Lida, qui en était aimé, Éberhard la fiança à son neveu Conrad, son héritier.

Wolf essaya d’obtenir par la guerre ce que son nom, ses richesses, ses prières, le souvenir d’Ulric, n’avaient pu lui donner; il embrassa la cause des margraves de Bade et du palatin. L’empereur se déclara pour Éberhard.