Quoi! cette fleur, elle l'avait gardée, conservée, placée précieusement près des cheveux de son père! de son père qu'elle adorait! La fleur de Picciola ne brillait plus sur le front de la jeune fille; elle reposait sur son cœur! Cette vue avait changé toutes les dispositions de Charney. Il se reprenait à examiner de nouveau Teresa, comme si elle venait de se métamorphoser devant lui, et qu'il dût découvrir en elle ce qui ne s'y était pas encore montré. Et en effet, son visage, tourné vers son père, s'éclairait d'une double expression de tendresse et de sérénité; elle était belle alors comme les vierges de Raphaël sont belles, comme sont belles les âmes aimantes et pures! Charney suivait lentement du regard ce profil gracieux et animé sur lequel s'harmoniaient si bien la douceur et la force, l'énergie et la timidité! Depuis si long-temps il n'avait pu contempler une face humaine, ainsi resplendissante de l'éclat de la jeunesse, de la beauté, de la vertu! Il s'enivrait de ce spectacle, et après avoir parcouru l'ensemble séduisant du cou, des épaules et de la taille, ses yeux revenaient ardemment se fixer sur le médaillon.

—Vous n'avez donc pas dédaigné mon faible présent? murmura-t-il; et si bas qu'il l'eût murmuré, Teresa se redressa avec vivacité vers lui, et son premier mouvement fut de remettre le bijou en place; mais en même temps, à son tour, elle examinait le changement survenu sur les traits du comte, et tous deux rougirent à la fois.

—Qu'as-tu, mon enfant? demanda Girhardi en la voyant troublée.

—Rien, dit-elle;—et, se reprenant aussitôt, comme si elle eût craint devant elle-même de nier un sentiment pur et honorable:—C'est ce médaillon... Tenez, mon père, ce sont vos cheveux.—Puis, se tournant vers Charney:—Voyez, monsieur, voici la fleur que j'ai reçue de votre part, et que je garde... que je garderai toujours!

Il y avait dans ses paroles, dans le son de sa voix, dans cet instinct de la pudeur, qui lui inspirait de s'adresser dans son explication aussi bien à son père qu'à l'étranger, tant de franchise et de modestie à la fois, une expression si tendre et si chaste, que Charney en ressentit un ravissement tel qu'il n'en avait jamais éprouvé de pareil.

Le reste de la journée s'écoula ensuite pour eux dans les épanchemens et les effusions d'une amitié qui semblait s'accroître de minute en minute. À part l'attraction secrète qui nous rapproche les uns des autres, l'intimité marche toujours en raison de la mesure de temps que nous avons à donner à nos affections nouvelles.

Charney et Teresa ne s'étaient jamais parlé avant ce jour; mais ils avaient tant pensé l'un à l'autre, et si peu d'heures leur restaient peut-être! Aussi, quand Charney, par une considération purement d'étiquette et de savoir-vivre, fit un mouvement pour se retirer, voulant, disait-il, après une si longue absence, laisser le père et la fille tout entiers au bonheur de se revoir:

—Vous nous quittez!—s'écria Teresa, le retenant d'un regard, tandis que Girhardi l'arrêtait d'un geste:—Êtes-vous donc un étranger pour mon père... et pour moi? ajouta-t-elle avec un ton charmant de reproche.

Pour mieux lui faire comprendre combien sa présence le gênait peu, elle se mit à détailler tout ce qu'elle avait fait depuis sa sortie de Fénestrelle, et les moyens employés par elle pour réunir les deux captifs. Ayant achevé son récit, elle adjura Charney de commencer le sien, et de dire l'emploi de ses journées et ses occupations près de Picciola.

Celui-ci dut donc entamer l'histoire des premiers temps de sa prison, ses ennuis et ses travaux manuels, la bien-venue de sa plante, son développement progressif; et Teresa, d'un air curieux et enjoué, le pressait de questions sur chacune de ses découvertes.