Déjà Ludovic était descendu de la chambre de l'ex-prisonnier, avec la malle contenant ses effets. L'officier l'attendait pour l'accompagner jusqu'à Turin. L'heure de la séparation avait sonné. Teresa se leva de nouveau, et parut s'occuper du soin de serrer sa broderie dans son sac, de ranger sa collerette; puis elle essaya de se ganter... elle n'en put venir à bout.
Charney alors, s'armant de résolution, s'avança vers Girhardi et lui ouvrit les bras:
—Adieu, mon père!
—Mon fils! mon cher fils! balbutia son vieux compagnon... du courage! comptez sur nous... Adieu! adieu!
Il le pressa quelque temps contre sa poitrine, et tout-à-coup, mettant fin à cette étreinte, il se tourna vers Ludovic, et, pour mieux cacher son émotion, lui fit quelques dernières recommandations inutiles, au sujet de celui qu'il laissait seul. Ludovic ne répondit rien; mais il offrit son bras au vieillard, car il avait besoin d'un appui.
Pendant ce temps, Charney s'était approché de Teresa pour prendre aussi congé d'elle. Une main sur le dossier de sa chaise, l'œil fixé vers la terre, elle restait rêveuse, immobile, en place, comme si jamais elle n'eût dû quitter ce séjour. Quand elle vit Charney près d'elle, sortant de sa rêverie, elle le considéra quelques instans sans rien dire. Il était pâle et défait, et les paroles aussi semblaient manquer à sa poitrine. Soudain la jeune fille, oubliant ses résolutions, étendit son bras vers la plante du captif:
—C'est notre Picciola que je prends à témoin, dit-elle...
Elle n'en put articuler davantage.
Une de ses mitaines de soie, qu'elle tenait à la main, tomba; Charney la ramassa, déposa un baiser dessus, et la lui rendit silencieusement.
Teresa prit la mitaine, s'en essuya les pleurs qui venaient de jaillir abondamment de ses yeux, et, la rejetant aussitôt à Charney, avec un dernier regard d'amour, avec un dernier sourire d'espérance: