Au-dessus de lui, une autre chambre pareille à la sienne, mais vide, inoccupée; car il n'a point de compagnons dans cette partie détachée de la forteresse.

Le reste de son univers se borne à un escalier de pierre court et massif, tournant brusquement en spirale pour aboutir à une petite cour pavée, enfoncée dans un des anciens fossés de la citadelle. C'est là le lieu de promenade où, deux heures par jour, il va prendre autant d'exercice et jouir d'autant de liberté que le permet le régime prescrit par le commandant.

De là le prisonnier peut apercevoir la sommité des montagnes et les vapeurs de la plaine; car les constructions de la forteresse, s'abaissant tout-à-coup à l'orient du préau, y laissent pénétrer l'air et le soleil. Mais une fois enfermé dans sa chambre, un horizon de maçonnerie frappe seul ses regards, au milieu de cette nature pittoresque et sublime qui l'entoure. À sa droite s'élèvent les coteaux enchantés de Saluces; à sa gauche se développent les dernières ondulations des vallées d'Aoste et les rives de la Chiara; il a devant lui les plaines merveilleuses de Turin; derrière lui les Alpes, qui grandissent, s'échelonnent, parées de rochers, de forêts et d'abîmes, du mont Genèvre au mont Cenis; et il ne voit rien, rien qu'un ciel brumeux suspendu sur sa tête dans un cadre de pierres, rien que les pavés de sa cour et le grillage de sa prison, rien que cette haute muraille qui lui fait face, et dont l'uniformité fatigante n'est interrompue que, vers son extrémité, par une petite fenêtre carrée, où de temps en temps lui est apparue à travers les barreaux une figure triste et renfrognée.

Voilà le monde circonscrit où désormais il lui faut chercher ses distractions et trouver ses joies!

Il s'évertua l'esprit pour y réussir. Il crayonna, il charbonna les murs de sa chambre de chiffres et de dates qui lui rappelaient les événemens heureux de sa jeunesse; mais qu'ils étaient en petit nombre! Il sortait de ces souvenirs le cœur plus affaissé.

Puis son démon fatal, sa pensée, revint avec ses convictions désolantes, et il les formula en sentences terribles, qu'il inscrivit aussi sur son mur, près des souvenirs sacrés de sa mère et de sa sœur!

Voulant triompher enfin de sa pensée maladive et de son oisiveté pesante, il tâcha de se façonner aux choses frivoles et puériles; il courut de lui-même au-devant de cet abrutissement que donne le long séjour des prisons: il s'y plongea, il s'y vautra avec transport.

Il parfila du linge et de la soie, le savant!

Il fit des chalumeaux de paille, il construisit des vaisseaux pavoisés avec des coquilles de noix, le philosophe!

Il fabriqua des sifflets, des coffrets ciselés et des paniers à claire-voie, avec des noyaux, l'homme de génie! des chaînes et des instrumens sonores avec l'élastique de ses bretelles!