—Mais en vous parlant de ma fille, j'oublie de vous faire part de la grande nouvelle. L'empereur va se rendre à Milan, où il doit être sacré roi d'Italie.

—Roi d'Italie! eh bien! alors, monsieur, il sera plus que jamais votre maître et le mien. Quant au microscope, poursuivit Charney, que la grande nouvelle n'avait que fort peu distrait de son idée première, et qui n'y soupçonnait pas une suite,—vous vous en êtes long-temps privé pour moi... pardon; peut-être en aurai-je besoin encore pour de prochaines expériences, cependant je vous le rendrai... bientôt...

—Je puis m'en passer, j'en ai d'autres, répliqua avec bienveillance l'attrapeur de mouches, devinant au son de voix de son interlocuteur le regret qu'il éprouvait de se séparer de cet instrument; gardez-le, monsieur, gardez-le en souvenir d'un compagnon de captivité, qui vous porte, veuillez le croire, un vif intérêt.

Charney voulut témoigner sa gratitude à l'homme généreux; celui-ci l'interrompit:

—Mais laissez-moi donc achever ce qui me reste à vous apprendre.

Et, baissant encore la voix:

—On assure que des grâces doivent être accordées au sujet de cette autre couronne du nouvel empereur. Avez-vous des amis à Turin ou à Milan? Y a-t-il moyen de les faire agir?

L'interpellé hocha tristement la tête.

—Je n'ai point d'amis, dit-il.

—Pas d'amis! répéta le vieillard, avec un regard plein de commisération: avez-vous donc douté des hommes! car l'amitié ne manque pas à ceux-là qui croient en elle. Eh bien! j'ai des amis, moi; des amis que l'adversité même n'a pas ébranlés; ils pourront peut-être pour vous ce qu'ils n'ont pu encore pour moi.