—Une nuit! une nuit! se disait-elle; le malheureux comptera les minutes tandis que je dormirai! Demain, peut-être, il me sera de même impossible de trouver une occasion de départ!
Et elle regardait tour à tour et attentivement les deux marchands attablés, comme si son unique ressource était en eux. Cependant elle ignorait quelle route ils devaient tenir, s'ils voudraient, s'ils pourraient se charger d'elle; et la pauvre, fille, peu habituée à se trouver seule, ainsi livrée à elle-même au milieu d'étrangers, n'osait les interroger, et, poussée par son bon vouloir, retenue par sa timidité, un pied en avant, la bouche entr'ouverte, elle restait en place, muette, indécise, lorsque soudain, se montrant devant elle, la servante lui présente une lumière et une clef, en lui désignant du doigt la chambre qu'elle doit occuper.
Rappelée au sentiment de sa position, forcée de se décider, Teresa aussitôt écarte légèrement du bras la Giannina, et s'avançant, non sans grande émotion, vers le couple attablé:
—Pardonnez à ma question, dit-elle d'une voix tremblante:—Quelle route devez-vous prendre en quittant Turin?
—La route d'Alexandrie, ma belle enfant.
—D'Alexandrie! C'est mon bon ange qui vous a conduits jusqu'ici.
—Votre bon ange nous a fait prendre de bien vilains chemins, signorina, dit la femme; aussi nous sommes moulus.
—Mais, voyons, à quoi pouvons-nous vous être utiles? dit le marchand.
—Une affaire pressante m'appelle à Alexandrie; voulez-vous m'y conduire?
—C'est impossible! dit la femme.