La bataille venait de s'engager.

Teresa, assourdie par le bruit du canon, intimidée par tout ce fracas, restait dans une sorte de torpeur, les yeux toujours fixés sur ce trône, qui tour à tour se montrait devant elle, ou disparaissait sous un rideau de lances et de baïonnettes.

Après une demi-heure, pendant laquelle toute autre pensée que celle d'un effroi instinctif sembla l'abandonner, son énergie d'âme reprit le dessus. Elle examina avec plus de calme les obstacles à vaincre pour arriver au monticule pavoisé, et ne les jugea point insurmontables.

Deux colonnes d'infanterie, se prolongeant sur une longue ligne, dont la double base s'appuyait aux flancs du massif, venaient d'engager une vive fusillade l'une contre l'autre. Elle espéra pouvoir, à travers ce brouillard de poudre, se frayer un chemin sans être même aperçue. Elle hésitait cependant, lorsqu'une troupe de hussards brûlés de soif font invasion dans son asile.

Alors elle n'hésita plus; son courage se renforçant d'un accès de pudeur, elle s'élance en courant entre les deux colonnes d'infanterie, et quand la fumée vient à se dissiper, les soldats poussent une clameur de surprise en apercevant au milieu d'eux une jupe blanche, un chapeau de femme, une fugitive jolie, charmante, qui, malgré leurs cris, poursuit sa course.

Un escadron de cuirassiers accourait pour appuyer une des lignes. Le capitaine faillit renverser Teresa; mais, la saisissant à temps entre ses bras, il l'enlève de terre, et, jurant, sacrant, sans plus s'informer par quel hasard une jeune fille se trouve en plein champ de bataille, il charge deux soldats de la conduire au quartier des femmes.

Il lui fallut monter en croupe derrière un des cuirassiers, et ce fut ainsi qu'elle se dirigea vers l'endroit où les dames de la suite de l'impératrice Joséphine, accompagnées de quelques aides de camp et de messieurs les députés des villes d'Italie, se tenaient sur le monticule.

Arrivée là, touchant enfin au but, Teresa ne pouvait plus faillir dans son entreprise. Elle avait surmonté trop de difficultés pour se laisser vaincre par la dernière; aussi, lorsque, sur sa demande de parler à l'empereur, on lui répondit qu'il parcourait alors la plaine à la tête de ses troupes:—Eh bien! je veux voir l'impératrice! s'écria-t-elle avec fermeté.—Mais l'un n'était guère plus facile que l'autre. Pour se débarrasser de son importunité, on essaya de l'intimider; on n'y put parvenir. On lui dit qu'il fallait attendre la fin des évolutions; elle s'y refusa, et voulut marcher vers l'estrade impériale; on la retint, elle se débattit, éleva la voix avec véhémence, jusqu'à ce qu'enfin l'attention de Joséphine elle-même se tournât de son côté.

III.

Les ordres de Joséphine n'étaient pas transmis, qu'au milieu d'un groupe s'entr'ouvrant, la jeune fille se montra suppliante, retenue et résistant encore.