À un signe plein de bonté de l'impératrice, et que chacun comprit, on s'effaça devant la captive, qui, s'élançant libre, encore désordonnée par la lutte qu'elle venait de soutenir, arriva haletante jusqu'aux marches du trône, se courba, et tirant précipitamment de son sein un mouchoir qu'elle agita vivement:
—Madame! madame! un pauvre prisonnier!
Joséphine ne comprit pas d'abord ce que signifiait ce mouchoir à elle présenté.
—Est-ce une pétition que vous voulez me remettre? dit-elle.
—La voici, madame, la voici! C'est la pétition d'un pauvre prisonnier!
Et les larmes coulaient le long des joues de la postulante, dont un sourire céleste d'espérance animait le visage. L'impératrice lui répondit par un autre sourire, lui tendit la main, la força de se relever, et se penchant vers elle d'un air plein de bonté:
—Allons, allons, mon enfant, remettez-vous. Il vous intéresse donc beaucoup ce pauvre prisonnier?
La jeune fille rougit, baissa les yeux.
—Je ne lui ai jamais parlé, répondit-elle; mais il est si malheureux! Lisez, madame.
Joséphine déplia le mouchoir, s'attendrit en songeant de combien de misères et de privations témoignait ce linge, péniblement empreint d'une encre factice; puis s'arrêtant dès le premier mot: