Je voudrais dire, en passant, quelques mots sur la question de la prééminence entre l'art charmant de la peinture et celui de la musique: oui, je veux mettre quelque chose dans la balance, ne fût-ce qu'un grain de sable, un atome.
On dit en faveur du peintre qu'il laisse quelque chose après lui; ses tableaux lui survivent et éternisent sa mémoire.
On répond que les compositeurs en musique laissent aussi des opéras et des concerts;—mais la musique est sujette à la mode, et la peinture ne l'est pas.—Les morceaux de musique qui attendrissaient nos aïeux sont ridicules pour les amateurs de nos jours, et on les place dans les opéras bouffons pour faire rire les neveux de ceux qu'ils faisaient pleurer autrefois.
Les tableaux de Raphaël enchanteront notre postérité comme ils ont ravi nos ancêtres.
Voilà mon grain de sable.
[CHAPITRE XXV.]
"Mais que m'importe à moi, me dit un jour Mme de Hautcastel, que la musique de Cherubini ou de Cimarosa diffère de celle de leurs prédécesseurs?—Que m'importe que l'ancienne musique me fasse rire, pourvu que la nouvelle m'attendrisse délicieusement?—Est-il donc nécessaire à mon bonheur que mes plaisirs ressemblent à ceux de ma trisaïeule? Que me parlez-vous de peinture, d'un art qui n'est goûté que par une classe très-peu nombreuse de personnes, tandis que la musique enchante tout ce qui respire?"
Je ne sais pas trop dans ce moment ce qu'on pourrait répondre à cette observation, à laquelle je ne m'attendais pas en commençant ce chapitre.
Si je l'avais prévue, peut-être je n'aurais pas entrepris cette dissertation. Et qu'on ne prenne point ceci pour un tour de musicien.—Je ne le suis point, sur mon honneur;—non, je ne suis pas musicien: j'en atteste le ciel et tous ceux qui m'ont entendu jouer du violon.
Mais, en supposant le mérite de l'art égal de part et d'autre, il ne faudrait pas se presser de conclure du mérite de l'art au mérite de l'artiste.—On voit des enfans toucher du clavecin en grands maîtres; on n'a jamais vu un bon peintre de douze ans. La peinture, outre le goût et le sentiment, exige une tête pensante, dont les musiciens peuvent se passer. On voit tous les jours des hommes sans tête et sans cœur tirer d'un violon, d'une harpe, des sons ravissans.