Natos-Apiw et l'Etoile-Vivante. — Essaim de bicyclettes. — Un match inattendu. — L'Oreille-Jaune. — Les dévotions du Grand-Soleil. — La Prairie. — Heureux bébés. — L'hospitalité indienne. — Crawfoot. — La tribu des Pieds-Noirs. — « Locké ». — Cordial accueil. — Le célèbre Pied-de-Corbeau. — La Fête du Soleil. — En l'honneur du Grand Manitou. — Apothéose.

Natos-Apiw n'avait que des amis parmi les chefs indiens qui venaient trafiquer à Winnipeg ; mais on ne peut se dissimuler qu'il existait une certaine froideur, très digne d'ailleurs, et fondée sur de simples questions d'amour-propre, entre lui et le provincial Sapomaniko, ou l'Etoile-Vivante, qui gouvernait une tribu des Oreilles-Jaunes, au-dessus du territoire du Nord-Ouest. Un jour, celui-ci avait lancé son tomahawk dans le cœur d'un arbre, à une distance invraisemblable, et aussitôt, sans lui donner le temps de jouir de son triomphe, le Vieux-Soleil, ajustant son rifle, envoya six balles de suite s'aplatir sur le dos du fer de la hache. Le succès fut égal pour les deux chefs, et l'Etoile-Vivante en conçut une vive jalousie.

Ceci n'est pas une simple digression, comme on pourrait le croire, car nous allions avoir affaire à Sapomaniko. Il avait parié avec mon compagnon que, partant après nous, il nous dépasserait et arriverait le premier à un point où le chemin se bifurquait pour mener chacun à sa tribu. La route était assez bonne jusqu'à cet endroit, qui était une petite ville, dont j'ai oublié le nom, aussi ne fîmes-nous que rire des prétentions de l'audacieux Oreille-Jaune, lorsque, soudain, le soir même de notre départ du lac, nous fûmes rejoints par une horde de cyclistes, qui nous dépassèrent en nous accablant de sarcasmes. C'était l'Etoile-Vivante, qui avait pris, avec les siens, des leçons de bicyclette à Winnipeg, et qui, après avoir acheté quelques-unes de ces machines, s'en servait pour nous humilier.

« Voilà une bien vilaine action, me dit Natos-Apiw ; d'autant plus que vous savez, une fois passé notre but, je veux être scalpé si Sapomaniko peut se servir dans la brousse, de son cheval à roulettes. »

— Et notre but est encore éloigné? lui demandai-je.

— Quarante milles environ.

— En ce cas, mon cher ami, soyez sans crainte, nous arriverons avant Sapomaniko.

— C'est impossible!

— Moi, je vous dis : c'est certain!

Le lendemain à l'aube, nous trouvions un Oreille-Jaune endormi auprès de sa bécane en morceaux, dans la matinée, trois autres Indiens gisaient fourbus sur la chaussée.