Cold Colorado quitta ses camarades et vint me rejoindre.

— Vous voyez, me dit-il, que nous n'avons pas été bien cruels.

J'hésitai à répondre ; mais il ne m'en laissa d'ailleurs pas le temps.

— Nous aimons nous amuser nous autres, ajouta-t-il, nous nous sommes contentés de lui faire une bonne farce.

— Vous appelez cela une bonne farce? interrogeai-je.

— Mais certainement. Et tenez, je vais vous raconter une petite scène héroï-comique qui vous prouvera que nous aimons les divertissements peu banals. Elle vous intéressera sans doute, d'autant plus que le principal personnage n'était autre que le général Grant.

— Grant? m'écriai-je.

— Oui, celui-là même qui fut Président des Etats-Unis. D'ailleurs, voici le fait :

C'était je crois vers 1876, les cowboys avaient appris que Grant devait se rendre à San-Antonio, capitale du Texas. Ils s'informèrent du train exact qu'il devait prendre, et dans une petite localité, station voisine, ils se massèrent et se dissimulèrent le long de la voie. Quand le train fut proche, un d'entre eux se leva et agita le signal d'arrêt, le mécanicien stoppa et le train s'arrêta. Alors, tous les cowboys se levèrent et enveloppèrent le convoi.

Vous jugez de l'effroi des voyageurs qui crurent à une attaque en règle, mais un délégué s'approcha du chef du train et dit d'une voix forte :