Ce dévoreur de kilomètres, en quittant Des Moines, se rendit à titre de modeste promenade à St-Joseph, ville éloignée environ de cinquante à soixante kilomètres de la précédente ; en 1890, St-Joseph comptait 80.000 habitants et qui doit aujourd'hui en posséder un tiers de plus, c'est-à-dire environ 120.000, si ce n'est 150. St-Joseph serait en Europe une grande ville, dont la nation à laquelle elle appartiendrait serait fière et qui ne rappelle en rien ses origines modestes. Son fondateur fut un nommé Joseph Robidoux qui la créa il y a soixante ans seulement. Mais n'anticipons pas.

C'est une ville grande, aux rues superbes, aux places et aux avenues magnifiques, sillonnées de voitures, de tramways électriques, aux maisons admirablement construites, d'après toutes les règles de l'hygiène et du confort modernes. Elle possède des monuments remarquables, de nombreuses églises, une catholique française, des temples protestants, un palais de justice et surtout la Banque toute construite en marbre de différentes couleurs… etc., etc.

Admirateur passionné des belles cités, Gallot s'enthousiasma de cette ville surgie du sol, comme sous la puissance magique de la baguette d'une sublime fée. Il voulut en connaître la création et s'adressa pour cela à un ami qui avait été en relations intimes avec Joseph Robidoux, le véritable inventeur de St-Joseph, à laquelle il donna le nom du saint son patron.

L'ami en question lui répondit par une lettre que nous croyons devoir reproduire dans toute sa simple naïveté. C'est une vraie page d'histoire ; un document que tout commentaire ne pourrait que déflorer. La voici donc :

Saint-Joseph-du-Missouri,

30 Décembre 1890,

Mon cher Monsieur Gallot,

J'ai l'honneur de vous écrire à l'occasion de la nouvelle année. Je commence donc par vous souhaiter toutes sortes de prospérités et le bonheur que vous méritez après vos nombreux travaux et vos laborieux efforts.

Ce premier devoir accompli, je réponds à votre dernière lettre.

Vous me demandez l'histoire de Joseph Robidoux, le fondateur de notre ville. Ce fut un de mes bons amis. Je l'ai connu personnellement et très intimement.