Ce qui n'empêcha pas que je fus bel et bien condamné à huit jours de prison.

Fort agréable prison, d'ailleurs, où Bonneau m'envoyait du vin et des sandwichs. Mais, enfin, c'était la prison. Aussi, en sortant, au bout de la semaine, de ma cellule, mon premier mouvement, en saluant l'aurore de la Liberté, fut-il de lancer, en a parte, un juron aussi involontaire que bénin.

Il fut pourtant trouvé séditieux, car un agent de police, qui l'avait entendu, me pria-t-il poliment de l'accompagner chez le shérif.

— Monsieur, me dit ce magistrat, vous êtes étranger, et vous ignorez sans doute qu'il est défendu de jurer dans la rue. C'est un délit qui, indépendamment des peines qui l'attendent dans un monde meilleur, valent à son auteur une condamnation, sur cette terre, à huit jours de prison.

— Mais, j'en sors.

— Eh bien, rentrez-y.

Et voilà comment je goûtai, quinze jours au lieu de huit, les douceurs de la vie pénitentiaire à Montréal.

Quand je repartis au bout de ce temps, je n'eus garde de sacrer, même par les noms inoffensifs d'un chien ou d'un rat. De même, je remerciai bien gentiment M. Bonneau, qui était venu me chercher, de ses bontés pour moi et l'assurai que je ne le volerais plus, attendu que mon intention était de rentrer en France, où le temps ne se paie pas aux dépens de l'honneur et de la dignité humaine.

J'avais, en effet, pris cette résolution pendant ma seconde semaine de captivité. Je possédai, comme je l'ai dit, un petit pécule, et je retins ma place sur le premier steamer en partance, en me promettant bien de mettre toujours l'Océan entre l'Amérique et moi.

Serment de voyageur, — pire que le serment d'ivrogne! Le dirai-je? Le jour même où je m'embarquai à Québec, je me sentis le cœur tout gros. Je me rappelai avec émotion l'époque où j'avais débarqué sur la rive Américaine. J'y avais été bien accueilli ; et depuis, à travers mille vicissitudes, aucune porte ne s'était jamais fermée devant moi. Pendant la traversée, souvent, dans mes rêveries, la brise saline me semblait venir des grands bois, des grandes prairies et murmurer à mon oreille :