Aussi est-ce au piano que Pluvieux trouva le triomphateur. Fernand eut été fort empêtré si on lui avait demandé de jouer Au Clair de la Lune ou J’ai du bon Tabac, mais s’imaginait que cela faisait bien d’avoir l’air de malaxer l’ivoire.
L’éditeur, malgré ses apparences de noyé, était fin comme du papier à cigarettes ambré. Il devina la pose et le mensonge.
— Toi, mon gaillard, tu veux m’épater ; ça ne prend pas, tu sais. Tu connais la musique comme moi le sanscrit. Fais-tu les paroles de tes chansons ? voilà ce qu’il faudrait savoir.
Il sut très vite.
— Vraiment, mon cher auteur, ce serait un peu puéril de vous faire des compliments ; toutes les feuilles publiques débordent d’éloges mérités.
C’est ainsi qu’il préambula.
Fernand prit un air modeste, il eut un sourire idiot, avec la bouche plissée et serrée comme une bourse de roulier.
— Oh ! protesta-t-il, la presse exagère et mon talent et mon succès.
— Mais non, mais non. Surtout gardez-vous bien de dire cela à l’éditeur que je suis : la canaille de Pluvieux, comme ont accoutumé de dire vos charmants confrères en chansons.
— Croyez, monsieur…