Elle s’aperçut qu’avec tout ça il était dix heures. Vite, vite, il fallait se dépêcher, la messe était à midi.
XIX
Et c’est à la paroisse Saint-Laurent que le spectacle fut magnifique.
Depuis huit jours, les notes des courriers théâtraux ne tarissaient point sur l’union du délicieux ténor Fernand, « la plus charmante voix du monde, » avec la ravissante divette Blanche Mésange, du Colorado. Des détails de toilette, des indiscrétions intimes habilement ménagés, avaient tenu, toute la semaine, le public en éveil. De sorte que lorsqu’à onze heures du matin, le cortège déboucha du boulevard de Strasbourg, une foule compacte de badauds — tant Paris aime ses guignols ! — était massée devant l’église.
De la première voiture descendit Blanche Mésange, en robe bleu pâle. Son premier témoin, le grand Petrus, glabre, gras, tondu, la face napoléonienne, lui donnait le bras. Et avant qu’ils eussent pénétré sous le porche, ce furent dans l’agglomération tassée aux alentours des acclamations joyeuses :
— Vive Petrus !
— Bravo, la mariée !
Même, une voix ayant entonné : En revenant de la Revue, cet air connu fut repris en chœur par l’assistance mise en gaieté.
Mais déjà du second carrosse émergeait pesamment la rotondité somptueuse de Madame Langlet, au bras de Fernand. Plus couverte de panaches blancs et de bijoux qu’un dais et qu’une châsse, la grosse dame provoqua sur son passage un silence effaré que rompit seule cette exclamation d’un télégraphiste qui attendait là, depuis une bonne heure, des dépêches plein sa sacoche :
— Mâtin, y en a !