Bien plus ! il lui vint la fantaisie de le connaître, et, comme la salle se vidait petit à petit, le concert étant fini (car, naturellement, n’est-ce pas ? c’était lui, Lourbillon, dernier numéro, qui l’avait clôturé), comme les sociétaires de la Fauvette fermaient le piano, roulaient leur musique et réglaient leurs consommations, l’incomparable comique avisa le jeune amateur qui, demeuré assis dans un coin, semblait le contempler de tous ses yeux.

Lourbillon prit pour lui cette contemplation qui, de vrai, s’adressait à Blanche Mésange, en train de mettre son collet devant la glace du fond, et flatté :

— Eh bien, monsieur Fernand ! tous mes compliments, vous savez ! lui cria-t-il, avec un signe de la main plein d’une auguste cordialité ! Et il ajouta :

— Montez donc prendre un verre avec nous. On étouffe ici !

Dans ce sous-sol où vingt pipes, et combien de mauvais cigares, sans compter les cigarettes, avaient fait rage, l’atmosphère était d’une épaisseur redoutable. Le garçon, d’ailleurs, éteignait les becs de gaz.

— Volontiers ! acquiesça Fernand, en se levant.

Tous trois s’engagèrent dans l’escalier en colimaçon.

— Quelle jolie voix vous avez, monsieur ! dit Blanche Mésange qui montait la première, en se retournant vers Fernand qui la suivait. Les cheveux blonds mousseux, la bouche rose aux lèvres grasses bien ourlées sur les dents claires et les grands yeux bleus, très doux, caressèrent de leur grâce vivante la pensée du jeune homme, vision rapide dans la pénombre de cette ascension tournante.

Trois bocks servis, l’instant d’après :

— Et, avec une voix pareille, qu’est-ce que vous faites dans la vie, jeune homme ? interrogea Lourbillon affable.