Une sympathie violente pour Fernand, voilà tout !

Faire plus que le maximum ne devenait plus une plaisanterie de courriériste. On refusait du monde, après avoir empilé les spectateurs comme harengs en caque. Et c’étaient des bravos, des acclamations sans fin.

Tous les autres numéros du spectacle disparaissaient, se diluaient dans ce cyclone du succès.

Chose étrange : ses camarades, hommes et femmes, hypnotisés, sidérés, trouvaient cela naturel ; ils entraient, d’instinct, dans la grande farandole du succès.

En vérité, je vous le dis, Mariol était un rude barnum et Grandsec un faiseur d’hommes admirable !

Grandsec ! chaque soir, dans un coin de la salle, la cigarette pendante à la lèvre inférieure, quasiment extatique, il dégustait ses vers et sa musique comme un mets délicieux. C’est lui qui avait fait cela : les rythmes savants et charmants ; c’est son cerveau d’alcoolique qui avait ourlé ces rimes mignardes et imprévues, faites pour stupéfier, dans ce milieu habitué aux assonances à la va-comme-je-te-pousse.

Il trouvait cela très rigolo, très rigolo. Sa barbe de bouc en frémissait d’aise. Il en resta trois mois sans s’enivrer ! Jamais il n’avait eu conscience de son mérite ; bien entendu il n’ignorait pas son savoir ; mais vrai, là, il s’épatait. C’est que c’était très bien, ses histoires. Il ne se montait pas le bourrichon ! comme avait coutume de dire Courteline, il en avait fichu du joli dans l’existence ! avoir ça dans la peau et crever de misère ; être le poivrot dont on se gausse à Montmartre ! Non, non, minute ! Il allait reprendre du poil de la bête. On allait voir ce qu’on allait voir ! Il en avait des rêves en réserve, il allait leur donner la volée, aux pauvres captifs !

Pour son malheur, un mauvais soir, après la représentation du Colorado, en ascendant la Butte, il se heurta au « Marquis, » un camarade des jours de cuite.

Reproches, amers comme du bitter, de l’ami lâché, révolte du vieil Orphée :

— Tu me dégoûtes, je t’ai assez vu. Je me suis ressaisi, je suis un homme nouveau ; disparais de mon orbe, marquis de malheur, gentilhomme de la cour du roi Misère.