— Comment donc ?

A une table voisine, soupait un jeune homme, qui n’avait pas perdu un mot de cette intéressante communication. Il avait même noté certains détails sur un calepin. Vers trois heures et demie, Grandsec se leva, serra des mains et s’en alla, titubant. Il avait vraiment gagné sa soirée !

Deux jours plus tard, tous les journaux, dans leur revue de la presse, reproduisaient le filet que voici :

« Du Cri de Paris :

» Sait-on qui est le véritable Fernand, du Colorado, le poète-compositeur à la mode ? Le seul, l’authentique auteur, justement applaudi, des Feuilles Sèches, du Dernier Baiser, de la Mort Jolie et de tant d’autres bijoux de grâce légère, s’appelle de son nom Grandsec, et n’a jamais quitté Montmartre.

» Mais alors, qui est donc ce garçon brun, à moustache agressive, qui chaque soir, nous sert, comme étant de lui, depuis quelques années, ce répertoire à succès ?

» Mystère. »

C’est Mésange qui, levée de meilleure heure que Fernand, lut, la première, ce petit morceau de littérature acide. Consternée, elle courut éveiller son amant et lui poussant le journal sous les yeux :

« Tiens ! regarde un peu, les sales mufles ! »

Elle constatait successivement dans les autres feuilles la présence de la note. Fernand était devenu rouge de colère. Il murmura, entre ses dents serrées :