— Allons ! il avait eu tort de craindre. Tout irait bien. Mais comme il s’inclinait pour remercier, tout à coup, du fond de la salle, une voix demanda :

— L’auteur ?

Et ce fut comme une traînée de poudre. De fauteuil en fauteuil, de loge en loge, en haut, en bas, à droite et à gauche, le même cri fit explosion :

— L’auteur ? l’auteur ? l’auteur ?

Fernand sentit le plancher du plateau tourner sous ses pieds. Pourtant, il espéra que son prestige — le prestige de l’homme le plus populaire de France ! — viendrait peut-être à bout de la cabale et d’un doigt dirigé vers sa poitrine, il se désigna.

Mais alors, une clameur unanime :

— C’est pas vrai ! lui jaillit à la face de tous les points de la salle, et une bordée de sifflets le mitrailla. Effaré, il recula d’un pas. Il ne voyait plus rien. Ses tempes bourdonnaient. Il allait tomber.

— Rideau ! cria le régisseur et le rideau, s’abaissant entre lui et l’affreux tumulte déchaîné, mit fin miséricordieusement à son supplice.

Dès lors, irrémédiablement, le bruit courut que Grandsec s’était vanté en disant être le seul fournisseur mystérieux de Fernand… ils étaient, paraît-il, dix ou douze ! — Oui, ma chère… puisque Machin et Chose déclaraient eux aussi dans les cafés d’artistes, et cela avec des petits airs entendus, qu’il n’y avait pas que Grandsec qui eût contribué au succès de Fernand.

Hum !… Et les toussottements de marcher… C’était un truc imaginé par Machin et Chose pour attraper les gogos cabots, lesquels immédiatement acceptèrent toutes les inepties rimaillées par les deux faiseurs, qui, depuis toujours, voyaient leurs couplets refusés par tout le monde !