Fernand lut les couplets, avec une vague émotion ressurgie du passé. En effet, ils n’étaient pas si mal, ces vers !

— Tu vois bien ! clama Blanche, ravie ; et flattant du doigt le menton de Fernand :

— Je te dis que nous mettrons tous les Grandsec dans notre poche quand il te plaira !

— Mais la musique ? Je ne sais pas écrire la musique, moi ?

— Mais, moi, je sais ! J’ai étudié mon solfège, moi ! J’ai des diplômes ! Tu me fredonneras tes airs ou tu me les joueras avec le pouce sur le piano, et je les écrirai sous ta dictée. Crois-tu que les Belmot, que les Naquet et tous les maîtres du concert écrivent leur musique eux-mêmes ?

Les choses bien convenues ainsi, le couple examina la situation que lui faisait le malheur des temps. Il s’agissait de prendre des mesures pour vivre sans trop déchoir jusqu’à la rentrée.

Elle n’était point trop brillante, la situation ! Habitué à laisser couler sans compter l’argent dont la source paraissait inépuisable, Fernand n’avait pas retenu un sol des sommes qui avaient passé dans la maison. Lourbillon, appelé en conseil, indiqua la solution la plus raisonnable.

— Mes petits enfants, puisque vous avez perdu, il faut payer. Vendez la voiture, vendez les chevaux, donnez congé de l’hôtel et louez un appartement dans un quartier pas trop cher ! Quant aux domestiques et aux invités, voici assez longtemps qu’ils volent leurs gages et piquent vos assiettes ! Du balai ! du balai ! Vous me garderez seulement mon rond de serviette à moi, qui suis un vieux camarade, dont vous auriez mieux fait d’écouter la voix prophétique que les flagorneries de tous vos olibrius qui vous ont rendus à moitié fous !

Lourbillon était devenu grognon, et non sans cause. C’est en vain que durant les trois années d’apothéose, lorsque Fernand planait au firmament des étoiles, il avait, de plus en plus édenté, prodigué les avertissements. Fernand, qui ne touchait plus la terre, ne l’entendait pas, et Mésange, entraînée dans l’orbe du triomphateur, avait, elle aussi, un peu perdu le juste sentiment de la proportion des choses, des êtres et des faits.

L’idée adoptée par Fernand de continuer à chanter des œuvres de lui, n’eut pas l’heur de sourire à Lourbillon.