— Pourquoi toujours vouloir sortir de son métier ! ronchonna-t-il. Est-ce qu’un bon ténor ne vaut pas mille fois un mauvais poète ? Tu vas encore te faire emboîter !
Mais Fernand, pris d’enthousiasme et saisi du « sacré délire, » avait acheté un traité de prosodie française, et rimait à tour de bras — le tout, corrigé par Mésange !
L’hôtel trouva facilement un acquéreur de la suite du bail, et la liquidation des écuries et du mobilier produisit de quoi largement assurer, pour un an ou deux, la tranquillité du ménage.
Fernand et Mésange s’installèrent, boulevard Poissonnière, dans un appartement de 2,000 francs, au quatrième sur le devant. Ils n’avaient conservé qu’une cuisinière et une femme de chambre, la nécessité prochaine d’une nourrice s’imposant… Pour cette même raison, il avait été décidé que Blanche ne chercherait pas d’engagement cette année, le futur citoyen qu’elle allait offrir à la France lui arrondissant déjà visiblement la taille.
Cependant, le mois d’août touchait à sa fin. Fernand reçut un matin une lettre des frères Yselo, directeurs des deux grands music-halls, Luteciana et Adelphia, qui le mandaient à leur cabinet.
Ces messieurs lui demandèrent s’il était dégagé de tout traité avec les établissements Langlet, et, sur sa réponse affirmative, lui proposèrent de signer chez eux, pour une série de trente soirées, renouvelable en cas de réussite.
Les conditions pécuniaires étaient bien meilleures encore qu’au Colorado (huit cents francs par jour !) et Fernand, enchanté, se mit à bûcher son nouveau répertoire.
Il était certain du succès. Des journalistes, qu’il avait vus, lui avaient affirmé que nul ne songeait plus à sa mésaventure. En outre, et sentant bien, à présent que le vertige de l’amour-propre l’éblouissait moins, que le plus sûr atout de son jeu était sa voix, simplement, il avait résolu de n’intercaler qu’avec modération ses romances à lui, entre d’autres numéros demandés aux fournisseurs les plus en vogue.
Toutefois, il eut une légère déception, lorsque quelques jours avant l’ouverture de l’Adelphia, communiquant son programme aux frères Yselo, il constata de quelle façon ses nouveaux directeurs accueillaient sa prétention d’interpréter quelques-unes de ses œuvres personnelles.
Ces deux messieurs eurent simultanément et parallèlement le même haussement d’épaules et des sourcils et déclarèrent ensemble :