Au fond de la salle, la scène, surélevée d’un mètre à peu près. Des drapeaux rouges tendus aux murs sont la seule décoration du lieu.

Quand Galigant et Fernand arrivèrent (il était neuf heures environ) le public était déjà compact, et des nuages de fumée s’échevelaient vers le plafond lambrissé.

Des hommes, des femmes, des enfants, garçons et filles, des blouses et des redingotes, des casquettes et des chapeaux, tout un monde s’entassait, assis et debout, tantôt bruyant, tantôt silencieux.

Sur la scène, installé derrière une table, mais se levant souvent et arpentant l’étroite estrade, un orateur parlait avec des gestes brefs et coupants.

— C’est le camarade Karikine, un Russe ! chuchota Galigant.

La voix, sèche et claire, avait des éclats aigus interrompus par :

— Des blagues !

— Vive la Commune !

— Vive la Sociale !

Ces interjections éclataient, rugies de différents coins de la salle. L’orateur poursuivit :