Quelle coopération avait-il apportée dans la lutte généreuse de la défense des petits contre les gros ?

De quelles idées nobles avait été assailli son cerveau depuis ces quatre années de pitreries ?

Est-ce qu’il était suffisant, pour faire son devoir, d’épouser sa maîtresse, de la rendre mère, de se coller des costumes de singe, de barbouiller sa face de rouge, et de donner tout son temps à un métier inférieur d’amuseur public, payé pour égayer la grossièreté des foules ?

Allons donc ! S’enrichir soi et les siens n’était pas la fonction unique et principale de l’« Être ».

Et cela avait été à lui, Fernand, sa seule pensée depuis quatre ans…

Était-ce possible qu’il fut convaincu d’avoir été un « homme » !

Un bon mari, un bon père, un bon cabot, soit, mais ce n’était point tout ce qu’il fallait être !

Et le souvenir de ce qu’il était, quand, pauvre, obscur et râpé, il prêchait la résistance aux patrons, et se redressait, dans sa libre misère, contre les iniquités du capital, lui rendit douloureuse, l’espace d’une seconde, la sensation très nette de sa dignité abdiquée pour l’argent fugace et la gloriole vaine.

Galigant et Fernand, après le ragoût de mouton annoncé — et en vérité, les pommes de terre en étaient farineuses à souhait et onctueuse la sauce ! — se dirigèrent, chacun un cigare au bec — oh ! point de havanes, mais de simples deux soustados crapularès ! — vers la Maison du Peuple.

La Maison du Peuple, c’est, au fond de l’impasse Pers qui donne sur la rue Ramey, au versant de la butte Montmartre, une sorte d’énorme hangar. A gauche, sitôt la porte franchie, une boutique de marchand de vins, avec son comptoir de zinc, ses tables de bois et ses escabeaux. Tout droit devant vous, en entrant, derrière une seconde porte, la salle de spectacle, blanchie à la chaux, nue comme un temple protestant, garnie de bancs.