Le tumulte fut considérable. Les uns se haussaient sur la pointe des pieds pour découvrir l’artiste ! les autres se retournaient sur leurs sièges. Toutes les femmes étaient debout. A grand’peine, Fernand se fraya un chemin jusqu’à l’estrade. Il s’y hissa. On applaudit.

On applaudit bien davantage encore après qu’il eût chanté. Tout le monde criait. C’était le chaud auditoire des jadis périmés :

— Bis ! bis !

— Encore !

— Une autre !

Il s’exécuta. Une fois. Deux fois. Lui, Fernand, qui pour or, ni pour argent, n’aurait, au concert, ajouté une broque à son programme, il se sentait, ce soir, infatigable. Cette pensée l’exaltait : Je chante pour le peuple ! je chante pour mes frères !

Mais la chaleur était si intense, l’odeur de cette foule si suffocante, qu’il demanda dix minutes de repos, promettant de leur chanter encore, après, tout ce qu’on voudrait.

On hurla de joie : Bravo ! Bravo !

Et l’entr’acte permettant d’aller se rafraîchir, il y eut un branle-bas de chaises, de bancs, une bousculade vers une sorte de buffet improvisé.

A ce moment, un petit homme sec, nerveux, l’œil sondeur, finement scrutateur, s’avança vers Fernand et à brûle-pourpoint lui déclara :