Fernand alla trouver ses bons amis, les journalistes dont il avait assumé les gigolettes, les priant de lui prêter quelque publicité pour subsister. Mais ces messieurs ne sont pas prêteurs, c’est là leur moindre défaut. Dans toutes les rédactions, la réponse fut la même :

— Nous ne demanderions pas mieux, cher ami, que de vous ficher toute la réclame possible, mais ça ne passerait pas ! Le journal n’insère que les notes des concerts qui ont des traités avec l’administration. Allez donc vous entendre avec l’administrateur !

Cette tournée dans les journaux allégea sensiblement le portefeuille directorial, et Fernand perdit quelques illusions qui lui restaient encore sur la gratitude et le désintéressement de la gent plumigère.

En revanche, ainsi qu’on l’a vu, la presse annonça avec ensemble et en termes cordiaux la naissance du Nouveau Concert. C’était bien le moins !

Pauvre Fernand, il les connut toutes, les belles âmes qui font le chantage au billet de faveur. Ils étaient toute une flopée, menaçante au refus d’un fauteuil d’orchestre ou d’une loge : le plus infime écrivaillon arrivait chez lui, dans sa propre maison, l’air agressif, quand le contrôleur trouvait vraiment excessif cet assaut d’un théâtre, dont les frais étaient payés par un seul répondant, qui avait le devoir de faire le plus d’argent possible — pour faire honneur à ses affaires.

— Jamais ces bougres-là ne venaient quand il y avait un four… mais seulement, au moment où l’on avait besoin de toute sa salle pour rattraper les mauvaises passes, grognait la buraliste !

Ah ! on pouvait attendre, si l’on comptait sur leur discrétion ! Il fallait leur donner tout ce qu’ils demandaient, sans cela gare la casse !!!

Sans compter les rancunes des journalistes-auteurs, auxquels on refuse soit une revue, soit sa petite femme, soit un petit acte… Ah ! c’en était une exigence… Quel abus !

Sans compter que dans les mêmes journaux payés, pour lesquels Fernand se ruinait en traités, annonces, comptes rendus, etc., etc., se trouvait journellement un monsieur qui démolissait en première page par une chronique de deux colonnes ce qu’avec les efforts de sa publicité payée il avait édifié à la quatrième.

Et Fernand n’avait aucun recours contre le journal malhonnête qui trahissait les intérêts desquels il payait la défense.