S’obstiner eût été folie ou improbité. Dès le surlendemain, les artistes étaient convoqués, faubourg Poissonnière, et Fernand leur exposait la situation. Il restait juste en caisse de quoi leur payer à tous leurs appointements du mois courant, et ceux du mois suivant, en guise d’indemnité. Après quoi, on pourrait retourner le coffre-fort, il n’en tomberait plus même un grain de poussière !

Ces braves gens, convaincus de la bonne foi du patron, n’hésitèrent point à donner décharge et Fernand allait les prier de se rendre dans son cabinet pour le règlement en solde de tout compte, quand Chérie Chéron, qui n’avait jusqu’à ce moment rien dit, s’avança vers lui et tout bas :

— Voyons, Fernand, vous êtes fou ! N’est-ce qu’une question d’argent qui vous fait fermer boutique ? Est-ce que M. Grindot n’est pas toujours là ? Il arrosera, je vous l’affirme !

Chérie Chéron tenait dur comme fer à sa grande vedette et à son portrait sur les placards de l’entrée ! Mais Fernand répondit fermement :

— Non, ma chère amie, c’est assez comme cela. J’ai été un sot, je ne veux pas être une canaille. J’ai déjà assez coûté à vous et à M. Grindot. Et puis, je suis découragé ; je sens que je ne me relèverai plus. J’ai un remords que je ne tiens pas à augmenter !

Fernand faisait peine à voir. La figure décomposée, les lèvres tremblantes, les yeux chavirés, il était comme un naufragé qui se noie sans plus même appeler au secours. Il avait dépensé son dernier atome d’énergie dans son explication avec son personnel.

Mais Chérie Chéron n’avait pas l’esprit tourné à la miséricorde. Elle était furieuse, et elle cria de façon que nul n’en ignorât :

— Eh bien ! vous êtes un paltoquet, voilà ! Et puis, venez un peu encore me demander des services ! Vous verrez comme vous serez reçu !

Et violente, sans daigner aller toucher ce qui lui revenait, elle sortit, dans un bruit de jupes terrible.

Deux larmes, impossibles à retenir, coulèrent le long des joues de Fernand. Muets, hébétés, indécis, les cabots demeuraient tassés devant lui.