— Soit pour ce qui est édité, mais pour les nouvelles œuvres à acheter et à publier ?

— Mais j’y ai songé, parbleu ! Comme j’étais trompée outrageusement, j’ai eu de la chance ces jours derniers aux courses. J’ai réalisé un assez gros magot sur un paroli qui devait craquer. Cet argent, je le reperdrai, c’est sûr. Vous m’obligerez en vous en servant et en le faisant fructifier.

Cela était dit si gentiment que Fernand ne résista pas à la tentation d’embrasser comme du bon pain la maman Rouchoux. Il pleurait comme une éponge.

— Ah ! vrai, vous êtes une brave femme ! mais si je ne réussissais pas ? tout est possible.

— Nous nous consolerons en pensant que j’aurais perdu le double à acheter quelques centaines de « Chant du Départ » et autres « Marseillaises ». Ah ! les monstres, ils vous dégoûteraient du patriotisme ! C’est entendu, n’est-ce pas ?

— Je ne suis pas Hippocrate, madame Rouchoux.

Huit jours après, Fernand était éditeur.

XXIX

En elle-même, la vente des chansons n’était pas mauvaise. Moins bonne pourtant que s’il avait pu faire quelques créations sensationnelles, comme autrefois. Mais les lauriers étaient coupés. On n’allait plus au bois du triomphe.

Quelques cachets de ci, de là, chez des gens du monde qui payaient bien, mais n’apportaient aucun appoint à la réputation du chansonnier-chanteur. Des soirées aussi à Montmartre, dans des boîtes subalternes qui suaient l’ennui et la faillite. C’était tout. C’était peu.