— A qui ?
— A Drulom, parbleu !
— Jamais à cette fripouille.
— Une fripouille qui a toujours de l’argent libre et qui, seul, peut te tirer d’embarras.
L’argument était sérieux. Mésange, elle, prétendait qu’il fallait, stoïquement, attendre la liquidation judiciaire. Ils n’avaient volé personne, tous les auteurs avaient été payés intégralement. Quelques fournisseurs devraient patienter : ils le pouvaient, étant riches. Les sommes dues n’étaient en somme que du profit qui se faisait attendre, voilà tout.
Fernand s’emporta. Déposer son bilan. Cette idée le rendait enragé !
Jamais ! Il aimait mieux, cent fois, bazarder tout le fourbi. D’ailleurs la preuve était faite. Il n’était pas commerçant pour un sou. Il se laissait gruger par tout le monde. Mieux valait renoncer et remonter sur les planches.
Au fond il avait la nostalgie du tremplin. Il ne se rendait pas compte que sa jolie voix d’antan avait été rejoindre les neiges anciennes.
Ces deux considérations le décidèrent : sauver son honneur commercial et reparaître en public.
— Double sottise, lui dit amicalement Lourbillon, appelé en consultation, plaque si tu veux, mais garde-toi une poire pour la soif : tu as charge d’âmes. Tu es marié ; de plus, tu es père. Tes créanciers, en admettant qu’ils n’acceptent pas de te donner du temps, ce qui n’est pas du tout probable, ne peuvent t’exécuter comme cela tout de suite ; tu obtiendras ton concordat ; tes livres font la preuve de ta bonne foi ; tu n’as pas fait la fête avec leur argent, n’est-ce pas ? Tu pourras continuer, tu complèteras tes cinquante chansons et, cette fois, les citoyens de La Croûte de pain ne pourront plus te refuser comme sociétaire.