En arrivant rue Paradis, Fernand fut reçu par une vieille dame à mine de « douairière qui a eu des malheurs ». Bonnet de dentelles à rubans, anglaises tirebouchonnantes.
— Vous désirez, monsieur ? questionna l’introductrice aux façons respectables.
— Entretenir M. Drulom d’une opération qui peut l’intéresser.
— M. Drulom, monsieur, est très occupé ; je pourrais peut-être le suppléer ?
— C’est pour la vente d’un fonds d’édition, du mien, balbutia Fernand, intimidé par les grands airs de la garde-vestibule du visqueux Drulom.
— Comment vous nommez-vous ?
— Fernand, le chanteur.
— Oh ! parfaitement, monsieur. Je vous connais, de réputation du moins, fit-elle en baissant pudiquement les yeux pour bien marquer qu’elle n’allait pas au concert. Je vais avertir M. Drulom, il sera très heureux de vous recevoir.
Sortie de la vieille. Quelques minutes après, réapparition de sa figure respectable et prière au visiteur de l’accompagner.
Fernand fut introduit dans un cabinet de travail d’une très belle tenue qui jurait avec la profession proxénétique du maître de céans : large bureau Louis XVI aux bronzes sobres finement ciselés ; sièges solides et hospitaliers ; bibliothèque garnie de livres modernes, choisis avec discernement. Sur la cheminée une pendule monumentale, de style scrupuleusement approprié.