Mais, tout à coup, cette fois sans s’arrêter à considérer quel effet son récit avait pu produire sur l’apathique vieillard, Lourbillon se dressa sur ses espadrilles et d’un moulinet double de ses deux grands bras, il imita le télégraphe optique, à l’adresse d’un jeune homme, qui, à ce moment, passait sur le boulevard.

— Eh ! Fernand ! Monsieur Fernand ! hurlait-il, en même temps, de cette criarde voix, dont, à l’entendre, il eût entraîné le peuple à des destinées meilleures.

Le jeune homme se retourna à ce fracas, reconnut Lourbillon, sourit, et se dirigea vers le café. C’était bien le Fernand de la Fauvette de Ménilmontant.

Toujours svelte, élégant, avec sa fine tête brune. Seulement, il portait le bras droit en écharpe.

— Qu’es à co ? s’enquit Lourbillon en lui faisant une place à son côté.

— Peuh ! rien ! expliqua Fernand, un bras démis, ça n’est pas grave !

— Mais, cher ami, vous ne pouvez pas travailler avec ça !

— C’est justement ce qui m’embête, car ce sera encore long à se remettre, m’a dit le médecin. Et dame ! vous pensez, mon patron n’a pas attendu au lendemain pour me rendre à ma belle liberté ! Quand un outil est cassé, on le jette, pas vrai ? Je suis jeté ! Et voilà !

Fernand parlait avec amertume. Il poursuivit :

— Vous avez de la chance, vous autres ! Un bras démis n’empêche pas de chanter ! Moi, c’est la dèche d’ici quelques jours ! Et la noire, vous savez ! Allez donc tenir les ciseaux de la main gauche !