Lourbillon l’interrompit :

— Avant de vous désespérer, il faudrait voir à voir, jeune homme ! Il n’y a pas que les ciseaux dans le monde, que diable ! Vous rappelez-vous ce que nous disions, Mésange et moi, le mois dernier, à la soirée de la Fauvette, là-bas, à Ménilmontant ?

Au nom de la chanteuse, Fernand avait légèrement tressailli… Il frisotta, de sa main libre, sa moustache, comme pour cacher un sourire involontaire, et répondit :

— Bah ! c’était une plaisanterie !

Mais Lourbillon s’emballait :

— Une plaisanterie ? Du tout, mon petit ! Une voix comme la vôtre, ça ne se trouve pas facilement ! Et tenez ! je vais vous faire un aveu. Moi, Lourbillon ! quand je vous ai entendu, j’ai été jaloux de vous ! Ah ! ça vous la coupe, ça !

Et il mit ses pouces dans les entournures de son gilet. Il est certain que l’argument était décisif ! Car on n’en ramassait pas à la pelle, des artistes dignes d’exciter, ne fût-ce qu’une minute, la jalousie de Lourbillon !

Fernand, toutefois, demeurait sceptique. Il avait de la modestie. Et ses triomphes d’amateur ne lui avaient pas monté la tête.

Devant trois pelées et six tondus, oui, il pouvait briller, mais devant un public nombreux, sur une vraie scène, dans une grande salle illuminée, du haut jusqu’en bas, il sentait bien qu’il perdrait tous ses moyens. On le chuterait, on le sifflerait, et alors, il ne répondait plus de lui, il avait le crâne près du bonnet, ça ferait du vilain !

C’est ce qu’il expliqua tout à trac à l’incomparable comique, avec beaucoup de franchise.