— Des bêtises !… riposta celui-ci. Les sifflets qui vous siffleront ne sont pas encore fondus, cher ami ! Eh ! mais, en croirai-je mes yeux ! s’interrompit Lourbillon, en se dressant, le chapeau au bout du bras, agité comme un pavillon.
Une urbaine aux roues caoutchoutées, drelin-drelinant du grelot de son cheval, venait de halter devant la Chartreuse, et il en descendait, empanachée d’un chapeau mirobolant et gaînée de soie claire sous un collet fanfreluché de dentelles, mademoiselle Blanche Mésange, des Ambassadeurs.
La jeune femme, qui n’avait encore regardé ni à droite, ni à gauche, traversa vivement avec des « pardon, monsieur ! » et des « pardon, madame ! » — qui provoquèrent d’ailleurs quelques réflexions désobligeantes (soyez donc polie !) — la foule des pauvres cabots qui vont à pied, et aborda, comme jadis au palais de Salomon la reine de Saba, au seuil de la terrasse.
Alors seulement, elle aperçut le chapeau de Lourbillon et Lourbillon lui-même, et très vite, sans prêter attention au compagnon de son vieux camarade :
— Tu n’as pas vu Garrigou, le compositeur ?
— Garrigou ? Non. Il est peut-être à l’intérieur !
— Je viens lui demander de faire la musique d’une chanson qu’on m’a apportée. Je vais voir s’il est là !
Légère, elle pénétra dans le café, eut un bref colloque avec la caissière et revint :
— Il n’est pas arrivé, cet idiot-là ! J’ai soif, mon petit Lourbillon. Je boirais bien quelque chose.
Et elle s’assit, en tapant sur le guéridon du pommeau d’or de son ombrelle.