T’es-tu fait du mal ?

Et le petit oiseau répond, dans la chanson :

Je m’suis cassé l’aile

Et tordu le cou !…

L’histoire lamentable du petit oiseau était celle de Fernand et de Mésange. Ils s’étaient cassé l’aile et tordu le cou.

En vain, ils tentèrent, l’un ou l’autre, un mois durant, de retrouver un engagement quelconque pour une ville possible. Les agents lyriques ne voulaient plus entendre parler d’eux :

— Oui ! pour que vous fichiez le camp le jour où la recette est assurée ! Plus souvent ! On vous connaît maintenant.

Ils durent retourner à la Chartreuse, ce hâvre des épaves, cette hotte aux débris, et quémander ce cachet piteux, la tournée de misère.

Ils firent des soirées à Mantes, des matinées à Coulommiers. D’appartement en logement, de logement en chambre, ils avaient dégringolé, degré à degré, d’année en année, vendant à mesure ce qui devenait un surplus de mobilier. Finalement, le dernier lit porté chez un brocanteur, ils logeaient en garni. Pourquoi garder un domicile à Paris, puisqu’ils couraient continuellement la province ?

Une consolation, qui était une charge de plus, mais qu’ils bénissaient, car elle était désormais l’unique sourire de leur existence, était la présence entre eux de Robert, leur fils, « le présomptif », disait Fernand, aux rares instants où un peu de gaieté lui remontait aux lèvres.