Elle détailla sa grivoiserie comme d’ordinaire et ainsi que d’habitude, promena parmi les guerriers jurant, fumant et buvant, l’assiette au billon. Comme elle passait devant un groupe de gradés, un sergent-major mit quarante sous, une pièce blanche ! et lui saisissant le poignet, chuchota avec autorité.
— Je vous attends ce soir, à la sortie !
— Mais, monsieur.
— Suffit, c’est compris ? vous pouvez disposer ! il lui lâcha le poignet et commanda :
— Garçon, une menthe verte !
Pauvre Mésange ! En ce moment, Fernand, un mouchoir de troupier au bout des doigts, dans sa veste ridicule et son pantalon rouge de carnaval, exhalait les plaintes d’un conscrit qui a trouvé un rat dans sa gamelle. Et l’auditoire se tordait à ses grimaces et à ses contorsions. Ah ! le pain est dur à gagner, même sec !
Cependant l’horloge allait marquer neuf heures. Il y eut soudain un bruyant remue-ménage. De tous côtés, des hommes se levaient, rebouclant leurs ceinturons, rajustant leurs coiffures. Et ce fut un brusque exode de l’assistance presque entière, la salle à peu près vidée en une minute. La rentrée au quartier pour les simples soldats.
Seuls, les sous-officiers, libres jusqu’à une heure du matin, conservaient leurs places, étalés sur deux chaises et la cigarette au bec, insolents comme des seigneurs pour qui les lois, qui régissent le troupeau vulgaire, ne sont point faites.
Antonia, Loulou, le petit Robert, Mésange et Fernand, deux fois encore par tête, occupèrent la planche. Quelques civils, après le départ de la troupe, s’étaient hasardés dans l’établissement. Même, le fils d’un des adjoints au maire, un des plus prodigues représentants de la jeunesse dorée du crû, offrit une coupe de champagne à la comburante Loulou dont les sauts de carpe lui étaient allés droit au cœur.
Mais du petit tas de sergents et de sergents-majors affalés dans leur coin de salle, c’était, chaque fois que Mésange reparaissait, une manifestation exagérée de bravos et de rappels.