Du coup, Lourbillon le tutoya. Il sentait la partie gagnée. L’amour, petit dieu malin, a eu raison de bien d’autres obstacles que la faible volonté d’un homme. Et il déclama majestueusement :
— Tu veux dire ce que tu as dit et ce que nous avons tous compris ! Et puis, en voilà assez ! Enlevez, c’est pesé ! Enfant, tu es des nôtres ! Garçon ! à boire !
Fernand put s’assurer d’un coup d’œil, pendant que l’on remplissait les verres, que sa franchise ne déplaisait point.
Blanche Mésange ne parlait plus, et demeurait pensive, la tête un peu baissée sous son grand chapeau fleuri. Un dernier rayon de soleil attardé vint caresser un instant la blondeur de sa nuque inclinée, et Fernand sentit que le sort en était jeté, et qu’il devenait « artiste lyrique » !
Pourtant, quelques objections pratiques se présentaient encore à son esprit. Il confia à Lourbillon :
— C’est que, cher ami, je n’ai pas d’habit pour débuter, si je débute. Je possède ce costume-ci et un vieux ! Et je n’ai pas d’argent ! plus un rond !
— Si ce n’est que cela, moi, je… interjeta passionnément Blanche, dans un sursaut adorable d’offrande. Elle avait relevé le front et, sous ses cheveux dorés, ses yeux brillaient, heureux. Mais elle n’insista pas et se mordit les lèvres, très confuse, car Fernand, avec un recul de protestation, s’effarouchait :
— Non, mademoiselle, je vous en prie. Pas cela !
— Poire ! professa Lourbillon qui ajouta :
— Ce détail n’a aucune importance. Si tu es engagé quelque part, ce qui est inévitable, tu trouveras tout de suite le crédit nécessaire pour te nipper comme un prince du sang, si c’est ta fantaisie. Ainsi, c’est entendu, demain…