Celle-ci, tassée derrière une table couverte de papiers, de morceaux de musique et de brochures, accueillit le jeune homme par un :
— Ah oui ! c’est vous, le merle blanc ! qui ne laissa pas que d’interloquer légèrement le débutant. Puis, étendant une main aux doigts énormes chargés d’un fonds de bijouterie tout entier, vers un piano qui disparaissait à moitié dans l’ombre de la pièce, mal éclairée par une seule poire électrique :
— Mettez-vous là près de la commode. Vous avez votre musique ? Bon. On va vous accompagner. Allez-y.
Et tandis que Fernand commençait, elle se mit, à gros traits de crayon bleu, à balafrer des manuscrits qu’elle avait devant elle… C’est une manie, connue, des directeurs de théâtre, que de ne pas prêter attention à l’artiste qu’ils brûlent d’engager ; ils comptent l’intimider, et l’avoir à meilleur compte, cela fait partie du stock de leurs trois mille petits trucs d’habileté malhonnête…
Fernand se tut. La directrice releva vers lui sa tête bestiale, large, aux cheveux teints au henné, et qu’empanachait un énorme chapeau de paille rouge à plumes noires, jetant ombre sur sa figure couleur aubergine.
— Nous signerons le traité quand vous voudrez ! Ça va, prononça-t-elle. Puis le regardant, le détaillant plutôt comme un étalon au Tattersall, elle marmotta :
— C’est vrai que vous êtes beau garçon ! Dites donc ! Elle ne doit pas s’embêter, la petite Mésange. Est-ce qu’elle en laisse un peu pour les autres, hein ?
Fernand rougit. Mais déjà, la grosse femme le congédiait :
— A jeudi, deux heures, pour les clauses à débattre ! Entendu, hein ! Bonsoir.
Deux jours après, Fernand rapportait en poche un double traité engageant Mésange avec lui. Il avait exigé — les prétentions poussant vite aux « vedettes, » — que sa maîtresse fît, à ses côtés, partie de la troupe.